Harry Cummings

Gagnant, Prix pour la contribution à l'évaluation au Canada, 2000

Harry Cummings est membre de la Société canadienne d'évaluation (SCÉ) depuis 1989. Il enseigne l'évaluation de programme, la planification de l'aménagement rural, l'économie régionale et les méthodes de recherche à l'Université de Guelph. Il fournit aussi des services de consultation par l'entremise de la firme Harry Cummings and Associates (HCA), dont il est le propriétaire. Il a été interviewé par Michael Obrecht, membre de la SCÉ depuis 1983, qui travaille actuellement aux Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), un organisme fédéral chargé de créer de nouvelles connaissances sur la santé, de communiquer des connaissances aux utilisateurs du système de soins de santé et à des firmes du domaine de la santé, et d'assurer l'innovation et l'intégration dans le système de recherche en santé du Canada. L'entrevue s'est déroulée par courrier électronique.

MO : Je participe au concours «Simulation d'évaluation» de la SCÉ depuis ses débuts en 1996. Le fait que vous ayez été, pendant deux années de suite, l'entraîneur de l'équipe lauréate a suscité ma curiosité au sujet de vos opinions sur l'évaluation de programme et de votre approche face à l'enseignement des compétences en évaluation. Tout d'abord, pouvez-vous me raconter comment vous êtes entré en contact avec l'évaluation de programme pour la première fois et comment votre participation à ce domaine a évolué au fil des ans?

HC : J'ai été exposé à l'évaluation de programme pour la première fois quand j'étais à l'emploi du gouvernement fédéral à Edmonton, en Alberta. Je travaillais dans le développement régional et nous devions élaborer un plan d'évaluation pour notre programme. Je me rappelle très bien que je m'inquiétais de la façon dont nous évaluerions notre programme alors que c'est la province qui effectuait la mise en oeuvre dans la plupart des cas. Je pense que mon premier contact a probablement été quand j'apprenais à effectuer des analyses coûts-bénéfices dans mes cours de géographie de 1 er , 2 e et 3 e cycles. Depuis lors, je participe de près à l'enseignement et à la réalisation d'évaluations. Mes premières évaluations portaient sur des programmes de développement international dirigés par l'ACDI (l'Agence canadienne de développement international). C'est à Guelph, vers 1984, que j'ai enseigné mon premier cours d'évaluation. J'étais venu à m'intéresser énormément aux méthodes appliquées, à l'utilisation de la logique de programme, aux cadres logiques et à la gestion de programme axée sur les résultats, et j'enseigne et j'utilise tous ces outils dans les contextes canadiens et internationaux.

MO : Je ne me tromperais donc pas en disant que vous puisez dans votre vaste expérience pratique quand vous enseignez l'évaluation?

HC : Oui, ma vaste expérience m'a beaucoup aidé en classe. D'abord, elle m'aide à rester à la fine pointe et me donne de la crédibilité. Mon expérience en évaluation me permet de toujours parler de ce qui est utile dans le domaine. Je me sers aussi de mes rapports d'évaluation comme études de cas. Le travail d'évaluation m'intéresse au plus haut point et cela se voit dans mes cours, du moins je l'espère. Deuzièmement, mon expérience me donne beaucoup de matière à enseigner. J'ai appris comment utiliser la méthode du cadre logique (MCL) pendant que je travaillais sur une évaluation internationale. Puis, j'ai lu davantage sur le sujet et, subséquemment, j'ai enseigné à mes étudiants comment l'utiliser. Cela alimente aussi mes travaux d'évaluation. Parce que j'ai enseigné la méthode du cadre logique, que je l'ai étudiée et étendu ses concepts aux modèles logiques de façon plus générale, j'espère pouvoir mieux exercer l'évaluation. La variété de mon expérience offre aussi des avantages en salle de classe : les contextes internationaux et canadiens, les répercussions économiques, la santé et l'assurance de la qualité, le développement communautaire, etc., sont tous présents dans mes travaux et dans ceux de mes étudiants.

MO : Au cas où certains, comme moi, ne seraient pas familiers avec la méthode du cadre logique (MCL), pouvez-vous recommander un article ou un livre à ce sujet?

HC : Les lecteurs peuvent consulter la Revue canadienne d'études du développement (Université d'Ottawa), numéro spécial, Vol. XVIII. 1997, Examens et évaluations du rendement axés sur les résultats, édité par H. Cummings. Il contient des articles rédigés par moi, pp 587-596, et par Sawadogo et Dunlop, pp 597-612.

MO : Quand vous enseignez à un groupe d'étudiants qui n'a peut-être jamais pensé à l'évaluation de programme, quel est le principe de base que vous considérez comme étant le plus important à inculquer?

HC : L'évaluation est une mesure judicieuse. Si vous comptez investir dans un programme ou un projet quelconque, vous voudrez savoir si votre investissement a été un succès. S'il ne l'a pas été, vous voudrez savoir pourquoi et aussi savoir comment on peut l'améliorer. L'évaluation vous aidera à le déterminer. Plus important encore, l'évaluation vous procure une méthode systématique pour évaluer le programme ou le projet afin de vous assurer d'analyser l'initiative sous tous ses angles. Cela suppose, bien sûr, qu'il faut apprendre à bien effectuer l'évaluation.

MO : Dans le concours «Simulation d'évaluation», chaque équipe d'étudiants ne dispose que de cinq heures pour lire et comprendre un dossier d'évaluation, puis élaborer des recommandations précises au sujet du cas. Dans tout ce que vous dites à vos étudiants au sujet de l'évaluation de programme, qu'est-ce qui, selon vous, les prépare le mieux à donner un rendement optimal dans cette activité très intense?

HC : Le plus important c'est d'être flexible et innovateur et d'élargir notre pensée. On doit appliquer les méthodes d'évaluation systématiques, sans toutefois se laisser limiter par le jargon. Les autres éléments clés sont : nommer un chef d'équipe, bien gérer son temps, avoir une stratégie pour résoudre les conflits et, le dernier mais non le moindre, s'amuser!!

MO : Parlant de s'amuser, un des membres de l'équipe gagnante de 1998 m'a dit qu'un soir, vous avez invité toute l'équipe chez vous pour venir discuter de l'évaluation en mangeant de la pizza. Est-ce que le fait de travailler ainsi avec les étudiants dans une ambiance décontractée contribue à bâtir l'esprit d'équipe et à les préparer à avoir du succès dans le concours?

HC : Oui Michael, encourager l'engagement envers le concours et envers l'équipe est une partie très importante du succès du processus. Le fait de s'éloigner de l'Université nous permet aussi de nous concentrer sans distractions. Les étudiants ont aussi besoin de savoir à quel point je suis engagé envers l'évaluation et envers eux. En les invitant chez moi, je leur communique ce message clairement – cela leur donne l'occasion de me poser n'importe quelle question qui leur vient à l'esprit.

MO : Je suppose qu'il est aussi très important que les étudiants obtiennent des équivalences de cours pour le temps et les efforts qu'ils consacrent à se préparer au concours. Donnez-vous aussi aux étudiants des crédits pour leur participation au concours?

HC : Oui. J'ai développé un contrat d'apprentissage avec les étudiants. Le contrat comporte deux niveaux, selon le palier auquel les étudiants se rendent dans le concours (1 ère ou 2 e ronde). Leur participation peut valoir entre 25 et 75 % de leur note finale dans mon cours sur l'évaluation de programme.

MO : En bavardant avec les membres des équipes gagnantes que vous avez entraînées en 1998 et en 1999, j'ai eu l'impression qu'ils étaient exceptionnellement doués et qu'ils avaient une perspective cosmopolite. Croyez-vous que le programme d'aménagement et de développement rural a tendance à attirer des étudiants particulièrement talentueux?

HC : C'est un compliment que j'accepte avec fierté, Michael. Ils ont sans aucun doute une perspective cosmopolite et aussi beaucoup d'expérience en travail d'équipe. Nous avons un bon mélange canadien et international dans notre corps étudiant et dans notre programme. Quand les étudiants arrivent au 2e cycle d'études, ils forment généralement un groupe très talentueux et très engagé.

MO : Merci beaucoup, Harry. Cet échange par courriel m'a vraiment plu.

HC : Merci à vous Michael et aux autres personnes qui ont organisé ce concours. Il a définitivement changé la façon dont j'enseigne l'évaluation à Guelph.